Préface
Comme il est précisé dans la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV), l'analyse des risques phytosanitaires (ARP) comporte trois volets, soit la mise en œuvre, l'évaluation du risque et la gestion du risque. La mise en œuvre du processus consiste à répertorier les organismes nuisibles et voies d'entrée soulevant des préoccupations ainsi qu'à délimiter la zone visée par l'ARP. L'évaluation du risque phytosanitaire constitue le fondement scientifique de la gestion globale des risques. La gestion du risque vise à cerner et à évaluer les mesures d'atténuation pouvant ramener les risques relevés à un niveau acceptable ainsi qu'à choisir les mesures appropriées.
Le présent document de gestion du risque (DGR) comprend un résumé des résultats de l'évaluation des risques phytosanitaires et définit un processus de gestion du risque pour le problème relevé. Il est conforme aux principes, à la terminologie et aux directives figurant dans les normes de la CIPV relatives à l'analyse des risques phytosanitaires qui se trouvent sur le site Web de la CIPV.
Sur cette page
- 1. Sommaire
- 2. Objet
- 3. Portée
- 4. Définitions et acronymes
- 5. Contexte
- 6. Sommaire de l'évaluation du risque phytosanitaire
- 7. Facteurs à prendre en compte pour la gestion du risque
- 8. Options en matière de gestion du risque phytosanitaire
- 9. Communications avec les intervenants
- 10. Références
1. Sommaire
Matsucoccus matsumurae Kuwana, communément appelée cochenille du pin rouge, est une cochenille nuisible qui se nourrit du phloème de diverses espèces du genre Pinus. Il est indigène du Japon et a été introduit en Chine, en Corée du Sud, en Europe et aux États-Unis (Anderson et al., 1976; Choi et al., 2019; Gertsson, 2001; McClure, 1983; Van Driesche et al., sans date), où il est devenu envahissant. Il n'avait toujours pas été détecté au Canada en juin 2026. Aux États-Unis, la cochenille du pin rouge a été détectée pour la première fois dans les années 1940 et est un organisme nuisible d'importance pour le pin rouge (Pinus resinosa). Elle tue les pins rouges de tous âges en quelques années, de même que certaines espèces de pins exotiques cultivées comme plantes ornementales.
L'expansion récente de l'aire de répartition de la cochenille du pin rouge au nord des États-Unis suggère que les conditions climatiques sont de plus en plus favorables à son établissement dans les régions nordiques. Selon une évaluation des risques phytosanitaires réalisée par l'ACIA, la cochenille du pin rouge pourrait être en mesure de survivre et de s'établir au Canada si elle était introduite au pays. Une telle introduction pourrait voir des effets dévastateurs, puisque de nombreuses régions qui conviendraient au ravageur sur le plan climatique renferment des peuplements naturels de pin rouge, de même que des espèces exotiques de pins ornementaux.
Quatre espèces du genre Pinus qui sont des hôtes connus du ravageur sont présentes au Canada : le P. resinosa (seul hôte indigène du Canada), le P. densiflora, le P. tabuliformis et le P. thunbergii. L'importation de pins destinés à la plantation et de produits de pin issus d'espèces hôtes, comme des billes avec écorce provenant des zones infestées présente un risque élevé d'introduire le ravageur au Canada. Des mesures réglementaires existantes visant d'autres organismes nuisibles viennent englober les pins destinés à la plantation, mais il n'y a actuellement au Canada aucune exigence visant à atténuer les risques associés aux billes de pin avec écorce provenant des zones infestées de la partie continentale des États-Unis.
Le présent document de gestion du risque (DGR) présente les options quant à la réglementation de la cochenille du pin rouge au Canada. L'écorçage des billes des espèces hôtes de pin importées des zones infestées aux États-Unis est une mesure suggérée pour prévenir l'introduction de cet organisme au Canada.
En outre, l'ajout de la cochenille du pin rouge à la liste des organismes nuisibles réglementés par le Canada et l'inclusion de déclarations additionnelles sur les certificats phytosanitaires délivrés par les États-Unis pour l'exportation des espèces hôtes vers le Canada sont des mesures proposées qui devraient réduire le risque d'introduction du ravageur au Canada. Les importateurs auraient également la possibilité de participer à un programme de conformité pour l'importation d'espèces hôtes de produits forestiers à base de pin avec écorce (tels que les billes) provenant de zones infestées de la partie continentale des États-Unis.
2. Objet
L'objectif du présent DGR est de communiquer aux intervenants les considérations relatives à la gestion du risque phytosanitaire. Il vise également à obtenir leurs commentaires sur la proposition de l'ACIA visant la réglementation de la cochenille du pin rouge au Canada.
3. Portée
Le présent DGR examine les risques phytosanitaires associés à l'introduction de la cochenille du pin rouge au Canada et présente les possibles options de gestion du risque.
Les renseignements relatifs aux exigences d'importation actuelles visant certains végétaux et produits végétaux sont accessibles dans le Système automatisé de référence à l'importation de l'ACIA.
4. Définitions et acronymes
Les définitions des termes utilisés dans le présent document qui ne sont pas définis dans cette section se trouvent dans la Loi sur la protection des végétaux, le Règlement sur la protection des végétaux, le Glossaire de la protection des végétaux de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), la Norme régionale pour les mesures phytosanitaires no 5 : Glossaire des termes phytosanitaires de la NAPPO (PDF – en anglais seulement) de l'Organisation nord-américaine pour la protection des plantes (NAPPO) et/ou la Norme internationale pour les mesures phytosanitaires no 5 : Glossaire des termes phytosanitaires.
5. Contexte
La cochenille du pin rouge a fait l'objet d'une évaluation en 1989; à l'époque, il a été recommandé de ne pas réglementer l'espèce sur la base des conditions climatiques. Toutefois, les récents effets des changements climatiques et le nombre croissant d'États infestés par le ravageur aux États-Unis justifient la nécessité d'une réévaluation du risque associé au ravageur. Le Canada importe des billes de pin avec écorce d'États infestés des États-Unis et il était donc particulièrement important de déterminer si la cochenille du pin rouge est susceptible de devenir un ravageur d'importance économique et écologique au Canada.
Selon une récente catégorisation (février 2022), la cochenille du pin rouge pourrait correspondre à la définition d'un organisme de quarantaine au Canada. Une nouvelle évaluation du risque phytosanitaire a donc été réalisée pour ce ravageur en juillet 2022.
La cochenille du pin rouge n'est présentement pas un organisme nuisible réglementé au Canada. De plus, elle n'est pas inscrite à titre d'organisme réglementé aux États-Unis (Regulated Plant Pest Table; Service d'inspection de la santé animale et végétale du département de l'Agriculture des États-Unis (USDA-APHIS), 2020) et ne figure pas sur les listes A1 et A2 des organismes nuisibles recommandés pour faire l'objet d'une réglementation comme organismes de quarantaine de l'Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes (EPPO, 2022).
6. Sommaire de l'évaluation du risque phytosanitaire
6.1 Biologie de l'organisme nuisible et hôtes convenables
Le cycle vital de la cochenille du pin rouge comporte le stade d'œuf, trois stades larvaires et le stade adulte. La femelle pond à l'aisselle des branches et, après l'éclosion, la larve pénètre sous l'écorce pour se nourrir du phloème de l'arbre hôte, ce qui finit par tuer l'arbre ou le rend vulnérable aux agents pathogènes (Gaige et Glogower, 2016). Les larves du premier stade sont mobiles et sont la seule forme sous laquelle des individus des deux sexes peuvent se disperser. Au cours du deuxième stade larvaire, les individus s'alimentent et hivernent. Ceux-ci sont parfois appelés « kystes ». Les individus présentent un dimorphisme sexuel au cours de ce deuxième stade larvaire. Les femelles atteignent la maturité à la fin du deuxième stade et deviennent adultes. Les nymphes mâles du deuxième stade poursuivent quant à elles leur développement en passant par un troisième stade nymphal (stade de prépupe), puis par le stade de pupe, avant de se métamorphoser en adultes ailés (voir la figure 1) (Choi et al., 2019; Foldi, 2004).
Figure 1 – Version textuelle
La figure 1 illustre le cycle biologique général de la cochenille du pin rouge. Le cycle débute au stade de l'œuf. Chez les femelles, le développement comprend deux stades nymphaux avant l'atteinte du stade adulte. Chez les mâles, le développement comprend trois stades nymphaux, suivis des stades de prépupe et de pupe, avant l'atteinte du stade adulte. Après le stade pupal, les mâles émergent sous forme d'adultes ailés, tandis que les femelles demeurent aptères (sans ailes). Les femelles adultes pondent ensuite des œufs, ce qui complète le cycle biologique. La figure compare les voies de développement des mâles et des femelles et met en évidence le nombre différent de stades immatures avant l'âge adulte.
Le Pinus resinosa, communément appelé pin rouge ou pin résineux, appartient au sous-genre Pinus, à la section Pinus et à la sous-section Pinus (syn. : sous-genre Pinus, section Pinus, sous section Sylvestris) (Gernandt et al., 2005; Price et al., dans Richardson, 1998). Toutes les espèces de cette sous-section produisent trois acides résiniques. Les espèces des autres groupes ne produisent pas ces acides résiniques, et sont toutes résistantes aux attaques de la cochenille du pin rouge (Ge, 1981, cité dans McClure, 1985). Selon McClure (1985), ces trois composés chimiques sont les fondements du caractère convenable en tant qu'hôte, et la texture de l'écorce offre des sites protégés pour le ravageur.
Les espèces de Pinus figurant au tableau 1 sont des hôtes connus de la cochenille du pin rouge et elles sont présentes au Canada. Tous les hôtes connus appartiennent au sous-genre Pinus, à la section Pinus et à la sous-section Pinus (Gernandt et al., 2005).
| Nom scientifique (Service de recherche agricole du département de l'Agriculture des États-Unis (USDA-ARS), 2022) |
Répartition au Canada (Brouillet et al., 2010+; ACIA, 2014) |
|---|---|
| Pinus densiflora Siebold et Zucc. | Présent uniquement sous forme cultivée |
| Pinus resinosa Aiton | Présent à l'état indigène dans l'est du Canada (Manitoba, Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve-et-Labrador, Nouvelle-Écosse, Ontario, Île-du-Prince-Édouard et Québec). |
| Pinus tabuliformis Carrière (syn : Pinus tabuliformis Carr.) | Présent uniquement sous forme cultivée |
| Pinus thunbergii Parl. (syn : Pinus thunbergiana Franco) | Présent uniquement sous forme cultivée. Populaire comme bonsaï |
6.2 Répartition
La cochenille du pin rouge est indigène du Japon. Elle a été introduite en Chine, en Corée du Sud, en Europe et aux États-Unis, où elle est devenue envahissante (Anderson et al., 1976; Choi et al., 2019; Gertsson, 2001; McClure, 1983; Van Driesche et al., sans date).
Aux États-Unis, la cochenille du pin rouge est établie depuis les années 1940 et se propage vers le nord depuis sa découverte. En Amérique du Nord, le ravageur est actuellement signalé dans plusieurs États américains situés dans la partie nord de son aire de répartition (García Morales et al., 2016; Plumb, 1950; The University of Vermont, sans date; Wheeler et al., 2015), (Carte de répartition du Service forestier de l'USDA (PDF – en anglais seulement)).
6.3 Voies d'introduction
Les principales voies d'introduction de la cochenille du pin rouge sont le déplacement d'espèces hôtes, notamment les pins vivants destinés à la plantation, les billes avec écorce et branches, le transport passif sur les véhicules et autres moyens de transport, ainsi que le déplacement de personnes et de machinerie ayant été dans une zone infestée (Anderson et al., 1976; Duda, 1961; Kanoti, 2014).
Des individus de tous les stades vitaux peuvent être transportés par l'entremise du matériel de pépinière, du bois, des bonsaïs et des produits en pin issus d'espèces hôtes qui sont transportés à l'extérieur des zones infestées (Anderson et al., 1976).
Les pins destinés à la plantation et les produits de pin comme les billes avec écorce représentent les éléments les plus susceptibles de mener à l'introduction du ravageur. La réglementation existante offre une protection partielle en ce qui concerne les pins destinés à la plantation. Toutefois, il n'existe actuellement aucune stratégie visant à atténuer le risque associé aux billes de pin avec écorce provenant des zones infestées des États-Unis.
Aux États-Unis, lorsqu'une infestation de cochenille du pin rouge est détectée dans un peuplement de pin rouge la mesure habituellement adoptée est une coupe de récupération, laquelle vise à récolter le plus grand nombre possible d'arbres afin de valoriser le bois avant qu'il ne perde sa valeur marchande (Gaige et Glogower, 2016). Les opérations de récupération sont effectuées durant l'hiver, mais des études ont montré que les individus du premier stade larvaire de la cochenille du pin rouge peuvent survivre jusqu'au printemps suivant et atteindre le stade adulte en se cachant sous l'écorce des billes coupées (Anderson et al., 1976; Duda, 1961). Ainsi, les billes de pin rouge avec écorce importées présentent un risque élevé de constituer une voie d'introduction comparativement aux autres produits. Il faut donc effectuer un écorçage des billes ou un autre traitement pour empêcher que la cochenille du pin rouge survive sur les billes (Duda, 1961).
6.4 Risque d'établissement et de propagation au Canada : conditions climatiques et écologiques
En Amérique du Nord, la cochenille du pin rouge a été signalée uniquement dans les États du nord-est des États-Unis. En Chine, le taux de mortalité hivernale élevé au nord de 41° 30' de latitude nord constitue un obstacle au déplacement de l'organisme vers le nord. Aux États-Unis, l'absence d'hôtes convenables au sud de 40° de latitude nord a limité sa dispersion vers le sud (McClure, 1983). L'expansion récente de l'aire de répartition de la cochenille du pin rouge au nord des États-Unis suggère que les conditions climatiques sont de plus en plus favorables à son établissement dans les régions nordiques. Selon la modélisation climatique, certains États où le ravageur est actuellement établi, en particulier le Vermont et le Maine, présentent des conditions climatiques semblables à celles de nombreuses régions du Sud du Canada.
Selon l'évaluation du risque phytosanitaire, la cochenille du pin rouge serait capable de survivre et de s'établir dans certaines portions du Canada si elle était introduite au pays. De plus, de nombreuses régions qui conviendraient au ravageur sur le plan climatique renferment des peuplements naturels de pin rouge, de même que des espèces exotiques de pins ornementaux qui sont des hôtes connus (voir le tableau 1).
Au Canada, le pin rouge est présent depuis le sud du Manitoba jusqu'à Terre-Neuve (figure 2; Anderson et al., 1976; Brouillet et al., 2010). Le Pinus densiflora, le Pinus tabuliformis et le Pinus thunbergiana, indigènes d'Asie, sont plantés à des fins ornementales au Canada (Anderson et al., 1976).
Selon une modélisation de la correspondance climatique régionale réalisée au moyen de l'outil CLIMEX, l'aire de répartition potentielle de la cochenille du pin rouge associée aux changements climatiques chevauche l'aire de répartition du pin rouge dans l'est du Canada (figure 3). De vastes portions de l'aire de répartition canadienne du pin rouge semblent présenter des conditions climatiques propices à l'établissement du ravageur. L'aire de répartition potentielle du ravageur dans l'ouest du Canada se limite probablement à la Colombie Britannique, où le pin rouge est parfois utilisé comme arbre ornemental.
Figure 2 – Version textuelle
La figure 2 présente la répartition du pin rouge (Pinus resinosa) dans le nord-est de l'Amérique du Nord. La carte met en évidence l'aire de répartition naturelle de l'espèce, qui s'étend du sud du Manitoba vers l'est, à travers l'Ontario et le Québec, jusqu'aux provinces de l'Atlantique et à Terre-Neuve. La répartition s'étend également vers le sud dans certaines régions du nord-est des États-Unis. La figure illustre l'étendue géographique du pin rouge dans son aire de répartition naturelle au Canada et aux États-Unis.
Figure 3 – Version textuelle
La figure 3 présente une carte de correspondance climatique régionale (CLIMEX) pour la cochenille du pin rouge. Les zones ombrées indiquent les régions où les conditions climatiques sont jugées favorables à l'établissement permanent de l'organisme nuisible. Toutes les zones ombrées correspondent à un niveau de concordance climatique d'au moins 70 %. Un degré de concordance climatique plus élevé indique des conditions environnementales plus propices à l'établissement de l'espèce. La figure illustre la répartition géographique des régions présentant des conditions climatiques favorables à l'établissement du phytoravageur.
6.5 Répercussions potentielles sur l'économie et l'environnement
La cochenille du pin rouge tue en quelques années les arbres hôtes de toutes les catégories d'âge. Son hôte principal, le pin rouge (Pinus resinosa), est une espèce très importante sur les plans écologique et économique.
Répercussions potentielles sur l'économie
Les espèces du genre Pinus sont utilisées par l'industrie canadienne du bois d'œuvre. En effet, leur bois est utilisé dans le secteur de la construction, ainsi que pour la fabrication de meubles et de nombreux autres produits. L'industrie canadienne du bois d'œuvre a été évaluée à 10 milliards de dollars en 2020 (Gouvernement du Canada, 2022; Moore, 2002).
Le pin rouge est important pour le secteur forestier, car il pousse rapidement et est résistant au vent (Espace pour la vie, 2022). Il constitue une source importante de produits forestiers et est utilisé pour la production de bois d'œuvre, de pâte à papier et de bois de chauffage (Espace pour la vie, 2022; Scott, 2008), et sa résine sert à la fabrication de la térébenthine (Fern, 2022). L'introduction de la cochenille du pin rouge au Canada entraînerait des répercussions économiques directes associées au volume de pins rouges au Canada. Les estimations tirées de la base de données de l'Inventaire forestier national (IFN) indiquent que le volume brut de pin rouge dans l'Est du Canada est d'environ 64 millions de mètres cubes et représente moins de 2 % du volume de conifères de la région.
Le pin rouge est une essence forestière commerciale relativement précieuse. En Ontario, les redevances de la Couronne pour la récolte du pin rouge varient généralement de 5 $ à 15 $ par mètre cube, selon l'année, le mois et l'utilisation finale. Une méthode simple pour estimer la valeur du stock de pin rouge consiste à multiplier le volume total (en mètres cubes) par un prix unitaire. En utilisant un prix de 10 $ par mètre cube et les estimations de l'IFN, on pourrait estimer que le pin rouge génère une valeur d'environ 641 millions de dollars. Toutefois, cette approche simplifiée suppose que l'ensemble du volume est disponible pour la récolte, ce qui n'est pas le cas. De plus, ces estimations sont très probablement sous évaluées. À noter que les données provinciales du Québec sur l'inventaire de pin rouge sont supérieures aux estimations de l'IFN pour le Québec, même si la superficie terrestre de la province est plus petite. L'utilisation des volumes provenant des données provinciales du Québec donne une estimation d'environ 128,2 millions de dollars, comparativement à 56 millions de dollars selon les données de l'IFN.
Cela soulève des préoccupations quant au fait que les données de l'IFN pourraient sous représenter le pin rouge dans les autres provinces. Cette situation pourrait être particulièrement marquée en Ontario, où l'on sait qu'il existe des plantations de pin rouge dans le sud de la province (dans les portions méridionales des plaines boréales et au sein des plaines mixtes).
La valeur nette des stocks dépendra du volume de pin rouge marchand récolté au fil du temps, de la valeur sur pied du pin rouge récolté et du taux d'actualisation appliqué. En tenant compte de ces facteurs, ainsi que des limites associées aux données d'inventaire mentionnées précédemment, la valeur relative du pin rouge demeure relativement faible dans l'Est du Canada du point de vue de la production de bois.
Répercussions écologiques potentielles
Le pin rouge est une espèce importante pour les écosystèmes forestiers. Il est souvent une espèce dominante dans les zones à sol sableux ou graveleux ou dont le sol est trop pauvre pour les autres espèces de pin. De plus, le pin rouge est extrêmement rustique et résistant au vent. Les forêts anciennes de pin rouge sont essentielles au maintien de la biodiversité à l'échelle des peuplements et du paysage. La plus grande forêt ancienne de pin rouge qui subsiste dans le monde se trouve dans la réserve forestière du lac Wolf, en Ontario (Anand et al., 2013). Peu d'espèces d'arbres parviennent à pousser dans les conditions dans lesquelles le pin rouge prospère, et il serait donc très difficile de remplacer l'espèce dans son habitat naturel si elle venait à être décimée. Les graines du pin rouge constituent une source alimentaire importante pour la faune, notamment les oiseaux et les petits mammifères. Les aiguilles du pin rouge constituent un aliment pour le cerf de Virginie, principalement en hiver. En outre, les peuplements de pin rouge offrent un abri important à de nombreuses espèces d'oiseaux et à d'autres animaux (Scott, 2008). Environ 80 % des espèces fauniques forestières présentes dans le centre de l'Ontario utilisent les forêts associées au pin rouge ou au pin blanc (Naylor, 1994).
Il est estimé qu'une infestation de la cochenille du pin rouge fait plus que doubler le taux de mortalité naturelle du pin rouge (Fei et al., 2019). La récupération ou la récolte des pins rouges endommagés à la suite d'une attaque de cet insecte entraînerait des répercussions environnementales négatives importantes dans les habitats touchés, en raison de la perte de fonctions écosystémiques (voir la section précédente). La cochenille du pin rouge peut causer des dommages considérables aux peuplements forestiers. Le pin rouge est particulièrement vulnérable à ce ravageur et possède également une grande valeur économique et écologique. Dans l'ensemble, ces facteurs indiquent que les répercussions potentielles de la cochenille du pin rouge sont importantes.
7. Facteurs à prendre en compte pour la gestion du risque
La présente section comprend une liste de facteurs qu'il est important de prendre en compte pour l'évaluation des options de gestion du risque associé à l'introduction de la cochenille du pin rouge. La voie d'introduction présentant le plus de risque est le déplacement des pins destinés à la plantation et des billes avec écorce appartenant aux espèces hôtes.
L'importation de produits de bois et de matériel de pépinière de Pinus resinosa, de P. densiflora, de P. tabuliformis et de P. thunbergii.
Le risque associé aux pins hôtes destinés à la plantation est déjà atténué par la réglementation existante, notamment la directive de l'ACIA D-08-04 (Exigences phytosanitaires régissant l'importation de végétaux et de parties de végétaux destinés à la plantation) et d'autres directives pertinentes. Tous les Pinus spp. provenant d'outremer doivent être soumis à une évaluation phytosanitaire avant de pouvoir entrer au Canada, en raison du risque d'introduction du chancre scléroderrien (Gremmeniella abietina, race européenne). Le risque d'introduction au Canada se limite donc actuellement aux végétaux et produits végétaux, comme les billes, qui proviennent des États-Unis.
Un permis d'importation délivré par l'ACIA est exigé pour l'importation de matériel de multiplication de toutes les espèces du genre Pinus provenant des États-Unis. Ces envois doivent être accompagnés d'un certificat phytosanitaire délivré par l'organisation nationale de la protection des végétaux des États-Unis comportant une déclaration additionnelle indiquant que le matériel certifié a été produit à l'extérieur de la zone réglementée à l'égard du chancre scléroderrien; il en va de même pour la spongieuse (Lymantria dispar) dans le cas des envois destinés aux zones réglementées à l'égard de cet organisme. Pour qu'un certificat phytosanitaire soit délivré, les végétaux doivent être inspectés et être jugés exempts d'autres insectes.
Facteurs importants à prendre en compte :
- il n'y a actuellement aucune stratégie en place visant à atténuer le risque associé aux billes de pin rouge avec écorce provenant des zones infestées des États-Unis.
- la cochenille du pin rouge tue en quelques années les arbres hôtes de toutes les catégories d'âge.
- la cochenille du pin rouge serait en mesure de survivre et de s'établir dans certaines portions du Canada si elle était introduite au pays.
- de nombreuses régions du Canada qui conviendraient au ravageur sur le plan climatique renferment des peuplements naturels de pin rouge, de même que des espèces exotiques de pins ornementaux qui sont des hôtes connus.
8. Options en matière de gestion du risque phytosanitaire
Option 1 : statu quo (aucun changement au statut réglementaire de la cochenille du pin rouge)
La cochenille du pin rouge n'est pas actuellement inscrite à titre d'organisme réglementé au Regulated Plant Pest Table des États-Unis (USDA-APHIS 2020). De plus, elle ne figure pas sur les listes A1 et A2 des organismes nuisibles recommandés pour faire l'objet d'une réglementation comme organismes de quarantaine de l'OEPP (EPPO, 2022). Ainsi, la stratégie consistant à n'apporter aucun changement au statut réglementaire de la cochenille du pin rouge au Canada serait cohérente avec l'approche des États-Unis, et les exigences seraient peu strictes quant à l'importation de produits avec écorce (comme des billes) issus d'espèces de pin hôte provenant des États-Unis. Le secteur pourrait poursuivre ses échanges commerciaux sans restriction ou exigences phytosanitaires additionnelles.
Cette option n'est toutefois pas celle qui est privilégiée, en raison des dommages que le ravageur peut causer aux peuplements de pin rouge. Il est important de tenir compte du fait que le pin rouge est un hôte convenant au ravageur et que cette espèce indigène du Canada revêt une grande importance écologique.
Option 2 : établir un programme de conformité pour les produits forestiers de pin qui sont issus des espèces hôtes et proviennent de zones infestées de la partie continentale des États-Unis
Exigences d'importation visant les billes avec écorce issues d'espèces hôtes
L'ajout de cochenille du pin rouge à la liste des organismes nuisibles réglementés par le Canada est proposé. Il est également proposé de mettre en œuvre un programme de conformité pour l'importation de produits forestiers de pin avec écorce, tels que les billes de bois, provenant de zones infestées des États-Unis continentaux. Ces produits doivent provenir d'espèces de pins hôtes. Ensemble, ces mesures devraient réduire le risque d'introduction de cet organisme nuisible au Canada. Le programme de conformité comprendrait l'enlèvement et la destruction de l'écorce. Cette stratégie d'atténuation réduirait considérablement le risque d'introduction de la cochenille du pin rouge au Canada.
Un permis d'importation serait exigé
Pour qu'un permis soit délivré, un établissement souhaitant être reconnu à titre d'établissement de transformation approuvé devrait élaborer un plan de contrôle préventif (PCP) approuvé par l'ACIA qui englobe l'entreposage, l'écorçage et l'élimination de l'écorce.
Le programme de conformité comprendrait les exigences suivantes :
- l'établissement de réception doit fournir la preuve qu'elle a mis en place un PCP et que ce plan est documenté.
- toutes les matières réglementées provenant de zones réglementées de la partie continentale des États-Unis doivent être transportées directement à l'établissement de réception, sans arrêt inutile et doivent être accompagnées de documents d'expédition indiquant clairement la destination de l'envoi.
-
toutes les matières réglementées doivent être transformées ou traitées à l'établissement de transformation.
Les billes importées des zones infestées par la cochenille du pin rouge doivent être écorcées et traitées rapidement. Les résidus des matières réglementées, dont l'écorce et les autres déchets, doivent être éliminés ou transformés en temps opportun et d'une façon approuvée par l'ACIA.
- l'établissement de réception doit conserver des registres précis des matières réglementées importées durant deux ans suivant la date de réception; les registres doivent être fournis sur demande à un inspecteur de l'ACIA.
-
les matières réglementées provenant de zones réglementées de la partie continentale des États-Unis doivent être séparées des matières provenant de zones non réglementées et en être facilement distinguables (par exemple, peinture, ruban, marqueurs, etc.).
Les matières réglementées doivent être conservées dans une zone sécuritaire, isolée des arbres hôtes.
- l'établissement de réception approuvée doit faire l'objet d'une vérification de la conformité au programme par l'ACIA.
Du point de vue de l'industrie, le programme de conformité serait plus pratique que la certification phytosanitaire (option 3) pour les importateurs fréquents. Le programme serait administré par l'ACIA, ce qui réduirait le fardeau administratif pour le secteur. Cependant, pour les importateurs occasionnels, l'inscription à un programme de conformité nécessitant l'élaboration et la mise en œuvre d'un PCP serait peu profitable pour un petit nombre par année d'envois de produits forestiers de pin.
Option 3 : exiger une certification phytosanitaire pour les produits forestiers de pin issus d'espèces hôtes qui proviennent de zones infestées des États-Unis
L'ajout de cochenille du pin rouge à la Liste des organismes nuisibles réglementés par le Canada est proposé. Une autre mesure proposée consiste à exiger des déclarations supplémentaires sur les certificats phytosanitaires délivrés par les États-Unis. Ces déclarations s'appliqueraient aux produits forestiers de pin avec écorce, tels que les billes de bois, exportés vers le Canada. Ensemble, ces mesures devraient réduire le risque d'introduction de cet organisme nuisible au Canada.
La déclaration additionnelle ou l'attestation de traitement exigée pour les espèces de pins hôtes (Pinus resinosa, P. densiflora, P. tabuliformis et P. thunbergii) serait conforme à ce qui est décrit dans la section suivante.
Le certificat phytosanitaire doit contenir la déclaration additionnelle ou l'attestation de traitement concernant la cochenille du pin rouge (Matsucoccus matsumurae Kuwana), conformément aux exigences décrites dans la présente section.
Pour tout le matériel appartenant au genre Pinus, le nom scientifique exact de l'espèce ou des espèces doit être indiqué sur le certificat phytosanitaire. Si le certificat phytosanitaire mentionne une espèce de Pinus réglementée (P. resinosa, P. densiflora, P. tabuliformis ou P. thunbergii), l'une des exigences suivantes doit être respectée :
1. traitement : chaque pièce de bois a été soumise à un traitement thermique de façon à ce que sa température interne atteigne au moins 56 °C jusqu'au centre, durant au moins 30 minutes, ou a fait l'objet d'une fumigation au bromure de méthyle, comme indiqué à l'annexe 1 de la directive D-02-12.
Le traitement doit être indiqué dans la section appropriée du certificat phytosanitaire.
ou
2. ajout de la déclaration « le matériel décrit dans le présent document a été produit/récolté dans un comté où Matsucoccus matsumurae Kuwana n'est pas présent, selon des relevés officiels ».
Du point de vue de l'industrie, cette option serait peu pratique pour les importateurs fréquents, car elle nécessiterait l'obtention d'un certificat phytosanitaire pour chaque envoi, de même que l'inspection de chaque envoi par l'Animal and Plant Health Inspection Service du Department of Agriculture des États-Unis (USDA-APHIS) au site de chargement ou à l'établissement pour confirmer que les produits forestiers sont exempts de cochenille du pin rouge.
Option 4 : (option recommandée par l'ACIA) : exiger une certification phytosanitaire OU la participation à un programme de conformité pour les produits forestiers de pin rouge provenant des zones infestées de la partie continentale des États-Unis
Cette option combine les options 2 et 3 susmentionnées. Elle permet l'importation de billes avec écorce provenant des États infestés par la cochenille du pin rouge si celles-ci sont accompagnées d'un certificat phytosanitaire attestant qu'elles sont exemptes du ravageur (sur la base d'un traitement ou de la provenance d'une zone où le ravageur n'est pas présent), ou avec la participation au programme de conformité approuvé par l'ACIA.
L'importation de billes provenant d'États infestés par la cochenille du pin rouge serait autorisée; l'importateur devrait répondre à l'un des critères suivants :
1. l'envoi est accompagné d'un certificat phytosanitaire qui satisfait à l'une ou à plusieurs des exigences détaillées dans l'option 3.
ou
2. obtenir un permis d'importation.
Pour qu'un permis soit délivré, un établissement souhaitant être reconnu à titre d'établissement de transformation approuvé devrait élaborer un PCP) approuvé par l'ACIA qui englobe l'entreposage, l'écorçage et l'élimination de l'écorce, comme il est décrit à l'option 2.
Cette option est celle qui est privilégiée par l'ACIA, car elle réduit considérablement le risque que la cochenille du pin rouge soit introduite au Canada par l'entremise des billes avec écorce, tout en offrant au secteur deux options pour le maintien du commerce.
9. Communications avec les intervenants
L'ACIA souhaite obtenir les commentaires des intervenants du gouvernement et du secteur avant de prendre une décision concernant la réglementation de ce ravageur.
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