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Épisode 3 – Comment le Canada protège ses porcs : la peste porcine africaine

Août 2021

Comment le Canada protège ses porcs : la peste porcine africaine

« C'est le gagne-pain de centaines de milliers de familles canadiennes. La production porcine occupe 7 500 fermes au Canada. C'est pas un signe de dollar que vous regardez. C'est l'impact sur les gens. Tout le monde serait touché d'une façon ou d'un autre. »

René Roy, Vice-Président du Conseil national sur la santé et le bien-être des animaux d'élevage

« Tous les porcs sont sensibles au virus, y compris les porcs domestiques et sauvages »

Martin Appelt, Directeur principal pour la Santé, le bien-être et la traçabilité des animaux à l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA)

La peste porcine africaine, une maladie mortelle qui touche uniquement les porcs, se propage rapidement au niveau mondial. Heureusement, elle n'a jamais été détectée au Canada. Dans cet épisode, nous entendons parler des efforts sans précédent déployés pour empêcher cette maladie animale fatale d'entrer au pays et pour protéger l'industrie porcine canadienne, une industrie de 24 $ milliard.

Comment le Canada protège ses porcs : la peste porcine africaine  – Audio Transcript

Coanimatrice (Michelle Strong) : Imaginez ceci. Vous conduisez sur une autoroute... Vous êtes en voyage avec vos amis. Vous avez faim, et donc vous sortez le sandwich que vous aviez emporté. Vous avez hâte parce que c'est fait avec le jambon de luxe que votre tante vous a envoyé de l'étranger. Vous en mangez une grande partie... mais... Attendez! Vous venez de réaliser que vous n'avez pas apporté de sac à poubelle. Vous décidez donc de jeter vos restes de sandwich par la fenêtre.

Coanimateur (Greg Rogers) : Quelques semaines plus tard, les sangliers aux alentours commencent à tomber malades. Puis ensuite, la même chose frappe les porcs sur les fermes voisines. 95 % d'entre eux succombent à une maladie mystérieuse, et elle se répand rapidement à des régions de plus en plus vastes. C'est une épidémie.

Michelle : Le coupable? Votre sandwich au jambon. Ce n'est pas une vraie histoire. Mais elle démontre à quel point la peste porcine africaine peut être ravageuse.

Michelle : Salut! C'est Michelle ici.

Greg : et c'est Greg! Et vous écoutez Inspecter et protéger.

Michelle : Depuis 2 ans, le monde se concentre sur la pandémie de la COVID-19. Cependant, une autre maladie hautement contagieuse et mortelle se répand rapidement à travers les continents : la peste porcine africaine. Jusqu'à présent, cette maladie animale n'a jamais été détectée au Canada.

Invité (René Roy) : Ce qui est difficile dans la biosécurité c'est que lorsqu'il y a une menace imminente, on va faire attention aujourd'hui. Mais étant donné que c'est une menace qui est diffuse, qui peut venir de différents points d'entrée pour un producteur ou une productrice, on doit toujours garder le même niveau d'alerte sur une problématique qu'on voit pas. C'est pas comme si un chien va mordre ou il y a quelque chose qui va me tomber sur la tête maintenant. C'est un niveau de risque qui est toujours, qui est constamment présent.

Michelle : C'est la voix de René Roy. René est vice-président du Conseil canadien du porc, ainsi que coprésident du Conseil national sur la santé et le bien-être des animaux d'élevage. Il est aussi producteur de porc.

René : En tant que producteur de porc, la journée, moi je la commence plus tôt que certains de mes collègues. Je suis un matinal. Nous, en plus avec les autres productions on commence à 5 heures, mais en général là c'est...la première chose qu'on va voir c'est nos animaux. J'ai toujours eu beaucoup d'intérêt pour on va dire la biologie. Je vais le dire de façon un petit peu plus générale qu'académique. J'aime beaucoup le vivant, autant les plantes que les animaux. Puis c'est clair aussi que c'est une ferme familiale, donc j'ai été élevé dans le domaine. On va dire que je suis tombé dans la marmite quand j'étais jeune. Ça amène une perspective on va dire de carrière qui est un peu plus, qui peut prendre l'agriculture en considération.

Greg : La peste porcine africaine est reconnue comme l'une des principales menaces pour la production porcine, la biodiversité, et la sécurité alimentaire dans le monde.

Michelle : La maladie ne présente aucun risque alimentaire pour les humains : elle ne peut pas nous être transmise. Cependant, pour les porcs, la maladie est fatale.

Invité (Martin Appelt) : C'est une maladie très intéressante. La peste porcine africaine c'est une maladie virale, très grave et elle touche le porc, pas d'autres espèces d'animaux, mais le porc seulement.

Michelle : Et voici Martin Appelt, directeur principal pour la santé, le bien-être et la traçabilité des animaux à l'Agence canadienne d'inspection des aliments. Martin est également vétérinaire et a été témoin expert dans plusieurs procédures pénales relatives au bien-être animal.

Martin : On peut observer de nombreux symptômes, donc la fièvre, les hémorragies internes et la mortalité. Malheureusement on peut observer entre 50 et 100 % de mortalité entre les porcs. Tous les porcs sont sensibles au virus y compris le porc domestique et sauvage, parce que nous avons des porcs sauvages aussi au Canada.

Michelle : La peste porcine africaine a été découverte pour la première fois en Afrique en 1907, et est restée relativement stable pendant un siècle. Il y a eu certains cas en Europe et dans les Caraïbes, mais rien de comparable à ce qui a éclaté en 2018, lorsqu'elle a été découverte en Chine. Elle s'est rapidement propagée à d'autres pays en Asie et en Europe. Pourquoi la maladie s'est-elle propagée si rapidement tout à coup?

Martin : C'est une question intéressante. Je pense qu'il y a des spécialistes de maladie ou des spécialistes en épidémiologie qui cherchent une bonne réponse à cette question. Je ne suis pas sûr c'est quoi les raisons pour la PPA d'avoir une propagation explosive comme maintenant. Une raison c'est le commerce illégal dans le domaine de porc, des animaux qui ne sont pas inspectés, qui ne sont pas en bonne santé, qui voyagent entre un pays et un autre. C'est une raison. La proximité contre les humains et les animaux est une autre raison dans certaines régions de notre planète, parce que [bien que] les humains ne sont pas infectés, mais ils peuvent apporter l'infection.

Greg : La peste porcine africaine est hautement contagieuse. Bien que plusieurs y travaillent, il n'y a actuellement aucun vaccin pour la combattre. Avec un taux de mortalité de 95 %, on doit se demander... parlons-nous de l'extinction potentielle des porcs au niveau mondial?

René : Non, il y a pas de risque, même, regardez... Je ne suis pas un biologiste de grand renom là, mais la maladie a toujours existé dans certains endroits du globe, puis elle a cohabité avec des porcs. Si son hôte meurt, elle aussi elle disparaît. Donc c'est important qu'elle trouve un moyen que son hôte continue à vivre pour continuer à se multiplier. Donc, ce qu'on voit en Afrique, parce que la maladie origine de là, les porcs, certaines espèces de porc, continuent à vivre. Ils sont affectés par la maladie à différents niveaux, mais ils continuent à vivre. Donc on voit pas là, une extinction du genre porcin. C'est pas ça, mais c'est clair que ça l'impacterait énormément les porcs pour ceux qui l'attrapent puis qui ne connaissent pas la maladie.

Greg : Jusqu'à présent, la maladie n'a jamais été détectée au Canada. Si une épidémie devait se produire, elle pourrait dévaster notre population porcine et notre industrie porcine.

René : Premièrement on va parler des gens qui s'occupent de ces porcs-là, c'est 7 500 fermes. Là on parle de fermes commerciales, celles qui vendent des porcs puis on parle d'environ 24 $ milliard de contribution à l'économie canadienne. Donc c'est clairement une contribution importante puis notre produit est reconnu dans le monde entier comme étant de très haute qualité. On vend notamment au Japon parce que notre qualité est reconnue, puis on est capable de vendre dans plus de 90 pays.

On est lié de près ou de loin à l'industrie alimentaire. Vous connaissez probablement de vos frères, de vos oncles, de vos sœurs, de vos tantes qui travaillent dans le domaine alimentaire ou qui travaillent dans un domaine de service à l'industrie alimentaire. Puis la journée où un secteur serait touché à ce niveau-là, ces personnes-là ont des emplois qui sont liés puis qui peuvent être affectés beaucoup plus rapidement qu'on le croit.

C'est pas un signe de dollar que vous regardez. C'est l'impact sur les gens. Ça va avoir des impacts sur « est-ce que j'ai un travail demain? Est-ce que je suis capable d'avoir un nouveau contrat? ». Tout cet impact, ce filet social-là serait impacté. Tout le monde serait touché d'une façon ou d'un autre.

Greg : Pour prévenir et combattre cette maladie, il est essentiel que les divers groupes à travers le Canada travaillent ensemble.

René : Je vais commencer en disant que la collaboration entre l'industrie et les gouvernements est essentielle. Un groupe seul ne pourrait pas réussir à protéger l'industrie canadienne de cette maladie-là.

L'exemple du Conseil de haute direction est un travail qu'on fait en amont. Le Conseil national de santé et du bien-être animal est responsable du Conseil de haute direction pour la peste porcine. On a un rôle de coordonner les efforts. Donc notre rôle c'est de s'assurer, on s'assoit tous ensemble autour de la table, gouvernement et industrie, puis là on dit « qu'est-ce qu'on doit faire pour s'assurer que notre bouclier est solide? » puis « qu'est-ce qu'on doit mettre comme stratégie pour qu'on soit bien protégé puis qu'on puisse y faire face advenant une problématique? ».

Il y a au moins une trentaine d'organismes de différentes natures qui s'assoient à la table d'une façon ou d'une autre pour coordonner des efforts. Le Conseil canadien du porc a un rôle. Le rôle premier c'est de représenter les intérêts de l'industrie de la production porcine au niveau canadien. Lorsque on veut représenter ces intérêts-là, un des rôles qu'on a c'est de parler avec les gouvernements pour s'assurer que les règlements et les lois sont appropriés à la réalité de notre secteur.

Avant que la crise arrive, on est proactif puis on établit des plans d'urgence, des plans de biosécurité. Puis être proactif c'est certainement une leçon à retenir. Puis, être proactif en partenariat entre le gouvernement et l'industrie c'est certainement une clé pour des succès futurs.

Michelle : Pour protéger nos porcs et nos producteurs, le Canada a déployé des efforts sans précédent pour l'empêcher de traverser nos frontières et pour planifier une réponse dans l'éventualité qu'elle soit découverte.

René : Un des risques qui est important c'est que certains individus peuvent rapporter tout bonnement un sandwich ou une pièce de viande d'un autre pays puis malencontreusement par une chaîne d'évènements de cet aliment-là soit donné à un porc puis ça contaminerait le porc puis à partir de là le cercle vicieux de la contamination commence. Donc c'est rapide. Une petite erreur dans la chaîne de biosécurité nationale pourrait créer un évènement très malheureux puis juste noter ici qu'un seul cas de peste porcine aurait l'effet fâcheux de fermer les frontières, empêcher les exportations, créer des zones au niveau canadien.

Il y a une partie de la biosécurité sur nos fermes aussi qui est importante, s'assurer que nos travailleurs étrangers sont bien au courant de ne pas ramener de nourriture d'autres pays lorsqu'ils viennent sur nos fermes puis nos aliments aussi. Faut faire attention avec nos aliments pour s'assurer que ces aliments-là ont eu des périodes de quarantaine pour empêcher que la maladie puisse se transmettre par les aliments aux porcs.

Greg : Quelles informations donneriez-vous au public, aux éleveurs, amateurs ou personnes travaillant dans l'industrie pour les aider à jouer leur rôle?

René : La première chose que j'aurais à dire c'est pour les consommateurs que la peste porcine n'est pas un risque pour la santé humaine. Ça, je pense que c'est important de le savoir parce qu'advenant qu'il y aurait un cas au Canada, le premier réflexe du consommateur c'est « Est-ce que ma nourriture est encore salubre? Est-ce que c'est encore bon? ». Puis, ça je pense que c'est important que les gens le sachent avant que ça arrive. On espère que ça arrive jamais, mais advenant le cas, je pense que c'est important que les gens soient sensibilisés à cette réalité-là.

Ensuite, pour les producteurs amateurs, c'est important de s'assurer de ne pas utiliser de restants de table, d'utiliser seulement des aliments pour les porcs comme aliments pour les porcs et non toute autre chose pour ne pas introduire la maladie au pays.

Puis au niveau des producteurs, ce qu'on se dit entre nous, c'est de s'assurer de garder une biosécurité élevée, ne jamais baisser la garde puis être toujours dans un mode d'amélioration de ces processus pour être encore meilleurs.

Greg : René et Martin – merci beaucoup de parler avec nous aujourd'hui.

René : Merci, merci à vous d'avoir pris le temps aussi de poser des questions. C'est bien apprécié.

Martin : Merci pour l'occasion de démontrer que nous sommes au-dessus de notre affaire.

Michelle : Si vous voyagez, signalez les produits de porc que vous ramenez avec vous. La maladie peut persister dans la viande et pourrait être transmise aux porcs sauvages ou domestiques. Et.... Cela pourrait également vous coûter 1 300 $. Oh.. et rappelez à votre famille à l'étranger qu'elle ne doit pas vous envoyer de produits alimentaires contenant du porc!

Greg : Si vous êtes agriculteurs ou même quelqu'un qui possède quelques animaux, vous savez probablement qu'il est illégal de nourrir des porcs avec des restants de nourriture internationaux. Essayez d'éviter tout contact entre vos porcs et des sangliers, notamment en protégeant vos champs, vos pâturages, vos sources d'eau, et leur nourriture de toute contamination.

Michelle : Les visiteurs, ou vos employés qui ont voyagé à l'étranger devraient aussi attendre au moins 14 jours avant de retourner dans votre ferme.

Greg : Et, si vous soupçonnez que votre porc est atteint de la peste porcine africaine, signalez-le à votre vétérinaire aussitôt que possible.

Michelle : Le Canada fait tout ce qu'il peut pour protéger ses porcs et son industrie porcine, une industrie de 24 $ milliard. La prévention est l'objectif. Mais si la maladie devait traverser nos frontières, il est bon de savoir que nous sommes préparés.

[Fin de l'enregistrement]

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